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Et si la fêlure était la plus belle partie ? Le kintsugi, et une méditation pour réparer

Et si la fêlure était la plus belle partie ? Le kintsugi, et une méditation pour réparer

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Une tasse vous glisse des mains. Il y a ce bruit, bref et définitif, et vous voilà à genoux sur le carrelage de la cuisine, à ramasser les morceaux d'un objet auquel vous ne pensiez pas tenir autant.

La plupart d'entre nous donneraient un coup de balai. Au Japon, il existe une autre possibilité.

Réparer avec de l'or

Le kintsugi, littéralement « jointure d'or », est l'art de réparer la céramique brisée avec de la laque, puis de saupoudrer ou de mêler les jointures de poudre d'or. Les fêlures ne sont pas cachées. Elles deviennent la partie la plus lumineuse de l'objet.

On raconte qu'au XVe siècle, le shogun Ashikaga Yoshimasa aurait renvoyé en Chine un bol à thé chinois cassé, pour le faire réparer. Il lui serait revenu maintenu par de grossières agrafes de métal. Déçu, il aurait demandé à des artisans de trouver une manière plus belle. Que l'histoire soit exacte ou non, l'idée est restée.

Un cousin du wabi-sabi

Le kintsugi est proche du wabi-sabi, cette façon japonaise de trouver la beauté dans ce qui est imparfait, éphémère et inachevé : le bord ébréché, l'indigo délavé, le bol à thé poli par mille mains. Un bol réparé ne fait pas semblant de ne s'être jamais brisé. Il n'est pas tout à fait « réparé » non plus. C'est un nouvel objet, qui porte toute son histoire à la vue de tous.

Regardez-en un de près, dans un musée ou même en photo, et vous remarquerez une chose : votre regard va droit à l'or. C'est dans la cassure que se trouve l'histoire.

Une méditation : la ligne d'or

Prenez dix minutes au calme. Commencez par quelque chose de petit, pas par ce que vous portez de plus lourd : une déception, une phrase entendue, un projet qui s'est effondré.

  1. Installez-vous confortablement et fermez les yeux. Respirez lentement trois fois.
  2. Repensez à ce moment. Où le ressentez-vous dans votre corps ? Un serrement dans la poitrine, un poids dans le ventre, une chaleur dans la gorge. Contentez-vous de le remarquer.
  3. À chaque expiration, imaginez-le remonter doucement jusqu'à la surface de votre peau, jusqu'à devenir une fine ligne d'or.
  4. Regardez cette ligne avec les yeux de l'esprit. Elle accroche la lumière. Elle fait partie de vous, et elle est belle.
  5. Restez avec elle. Vous n'avez pas besoin d'oublier ce qui s'est passé, ni de prétendre que cela n'a pas fait mal. Le kintsugi ne cache jamais la fêlure. L'idée est de pouvoir la regarder sans que la douleur prenne toute la place.
  6. Avant de rouvrir les yeux, demandez-vous doucement : qui suis-je devenue grâce à cela ?

Si quelque chose de lourd remonte, ouvrez les yeux, regardez autour de vous et nommez trois choses que vous voyez. Ce moment est une réflexion calme ; il ne remplace pas le soutien des personnes en qui vous avez confiance.

Certaines aiment écrire ensuite. Une lettre que l'on n'enverra jamais peut accueillir en douceur ce qui est remonté, ou essayez ces questions à écrire quand on ne sait pas ce que l'on ressent.

Des lettres qui gardent l'essentiel

Nos lettres mensuelles s'attardent souvent sur ces idées-là : ce que l'on garde, ce que l'on répare, ce que l'on finit par remarquer. « (letters) On Art » vous en apporte une chaque mois, avec une carte postale et le numéro imprimé de saison de « (meditating) On Art ».

N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.

Avec tendresse, Evi

Avant de partir : Un rituel à feuilleter, le numéro de bienvenue de « (meditating) On Art », avec une méditation sur la réception d'une lettre, à lire ou à écouter.

Merci, regardez votre boîte de réception dans quelques instants.

Une lettre chez vous chaque mois