Une haute maison de briques au pignon à redents. Une femme qui coud sur le pas de sa porte. Deux enfants agenouillés sur le trottoir, absorbés par un jeu. Au fond d'un passage étroit, une autre femme se penche sur un tonneau. Et, au-dessus de tout cela, un grand ciel blanc.
Pendant des siècles, on s'est demandé où, exactement, Vermeer avait posé son chevalet.
Johannes Vermeer, La Ruelle, vers 1658. Rijksmuseum, Amsterdam
Une enquête
Vermeer n'a peint que deux vues de sa ville natale de Delft, et celle-ci en fait partie. Comme une grande partie du vieux Delft a été reconstruite, personne ne s'accordait sur l'emplacement de la ruelle. Les chercheurs avaient proposé au moins une demi-douzaine d'adresses.
En 2015, l'historien de l'art Frans Grijzenhout est allé chercher dans un endroit inattendu : un registre de 1667 d'un impôt payé par les propriétaires pour le curage des canaux de Delft. Il indiquait la largeur de chaque maison et de chaque passage le long de l'eau. Un seul endroit correspondait au tableau : deux maisons avec deux passages côte à côte, aux actuels numéros 40 et 42 de la Vlamingstraat.
L'une de ces maisons appartenait à la tante de Vermeer, Ariaentgen Claes van der Minne, qui vendait des tripes pour gagner sa vie. La femme du passage est peut-être elle, ou quelqu'un comme elle, qui lave quelque chose dans le tonneau à la fin d'une journée de travail.
Des murs ordinaires, peints avec amour
Ce qui rend le tableau si émouvant, ce n'est pas l'architecture. C'est la patience : le badigeon qui s'effrite, les briques réparées dans des couleurs différentes, la vigne qui grimpe à gauche. Vermeer a regardé une rue très ordinaire comme la plupart des gens regardent une cathédrale.
Regardez votre propre rue
- La prochaine fois que vous rentrez chez vous, arrêtez-vous sur le trottoir d'en face et regardez votre immeuble, ou n'importe quelle maison de votre rue, pendant une minute entière.
- Remarquez les matériaux : la brique, la pierre, le plâtre, le bois. Où ont-ils été réparés ?
- Cherchez un signe de ceux qui vivent à l'intérieur : une plante, un rideau, un vélo.
- Imaginez quelqu'un qui le peindrait dans trois cents ans. Que voudrait-il garder ?
- Respirez trois fois avant d'entrer.
Pour aller plus loin, découvrez pourquoi Vermeer peignait des femmes lisant des lettres, ou pourquoi vivre à Paris n'est pas toujours romantique.
Gardez les lieux où les tableaux vous emmènent
Le Journal de la Collectionneuse est un zine gratuit à imprimer pour garder la trace de vos rencontres avec l'art : où vous avez croisé un tableau, ce que vous avez remarqué en premier, et ce qu'il vous a fait ressentir.
N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.
Avec tendresse, Evi