Florence, 1817. Un jeune écrivain français, Marie-Henri Beyle, plus connu sous le nom de Stendhal, visite la basilique Santa Croce. Il regarde les fresques, les tombeaux de Michel-Ange et de Galilée, la lumière qui traverse l'église. Il écrira plus tard qu'il était arrivé à ce point d'émotion où se rencontrent les sensations célestes et le sentiment passionné, que son cœur battait en sortant et qu'il marchait avec la crainte de tomber.
Plus d'un siècle et demi plus tard, en 1979, une psychiatre florentine, Graziella Magherini, a décrit plusieurs touristes pris de vertiges, d'angoisse ou de bouleversement devant les chefs-d'œuvre de la ville. Elle a appelé cela le syndrome de Stendhal.
Est-ce réel ?
Les médecins débattent encore pour savoir s'il s'agit d'une véritable affection, et elle est en tout cas rare. La fatigue du voyage, la chaleur et la foule y jouent sans doute un rôle. Mais presque toutes celles qui aiment l'art en connaissent une version plus douce : ce moment où un tableau vous prend par surprise, où votre gorge se serre, et où vous devez vous arrêter.
Ce moment est précieux. Il signifie que vous avez cessé de regarder l'art comme une information, et commencé à le ressentir.
Faire de la place à l'émotion
On ne peut pas la forcer, mais on peut cesser de l'empêcher :
- Regardez moins de choses. Plus vous vous pressez, moins une œuvre a de chances de vous atteindre.
- Asseyez-vous. L'émotion a besoin d'un corps qui se sent en sécurité et immobile.
- Restez plus longtemps que nécessaire. L'émotion arrive souvent après la cinquième minute, pas la première.
- Ne l'expliquez pas trop vite. Si un tableau vous émeut, laissez-le faire, avant de lire le cartel ou de chercher une raison.
- Écoutez votre corps. La respiration, la gorge, les épaules, les yeux. L'émotion devant l'art est physique.
Si vous aimez lire lentement, vous aimerez le numéro de bienvenue de « (meditating) On Art » : gratuit, à lire à l'écran, avec une méditation sur la réception d'une lettre.
Quand cela arrive
Respirez lentement. Détournez le regard un instant si besoin, puis revenez. Et ensuite, notez-le : où vous étiez, ce que vous avez vu, ce que vous avez ressenti. Ce sont les moments dont vous voudrez vous souvenir dans des années.
Un journal pour les moments qui bouleversent
Le Journal du Collectionneur est un carnet gratuit à imprimer, accompagné d'une courte méditation guidée, pensé précisément pour cela : vous aider à vous souvenir où vous avez rencontré une œuvre, ce que vous avez remarqué en premier, ce que vos sens ont perçu et ce qu'elle vous a fait ressentir. Un endroit où garder les tableaux qui ont fait battre votre cœur.
N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.
Avec tendresse,

