« Maman, à quoi ça sert, tout ça, si on meurt tous de toute façon ? »
Il est 7 h 40. Le bus scolaire passe à 7 h 52. Mon fils tient sa cuillère d'une main et le sens de la vie de l'autre, et je lui explique la différence entre le nihilisme et l'absurde aussi vite et aussi drôlement que possible, tout en lui rappelant de prendre une autre bouchée.
Il pose ce genre de questions depuis ses six ans, et toujours au petit-déjeuner. Certains matins, je me dis que je pourrais le laisser rater le bus de temps en temps. Je sais que ces petits-déjeuners me manqueront, le jour où il ne les prendra plus avec moi.
C'est là que j'ai compris quelque chose sur les matins lents. Ils n'ont jamais été une affaire de réveil à 5 heures.
Le mythe du rituel de 5 heures
La plupart des conseils sur les matins lents supposent une heure libre à remplir : des bougies, un carnet, une longue marche avant que la maison se réveille. Quand vos matins sont faits de réveils qui sonnent, de goûters à préparer et de transports, ces conseils peuvent vous donner l'impression d'échouer, même au repos.
Mais la lenteur n'est pas une quantité de temps. C'est une qualité d'attention. On ne peut pas toujours rallonger le matin. On peut en approfondir un petit morceau.
Cinq moments lents qui tiennent dans un matin pressé
- La première gorgée. Avant de regarder quoi que ce soit, buvez la première gorgée de votre café ou de votre thé avec toute votre attention : la chaleur, le goût, le poids de la tasse. Dix secondes. Ça compte.
- Une fenêtre. Regardez par une fenêtre le temps de trois respirations. Remarquez la couleur du ciel avant de consulter la météo.
- Une conversation sans hâte. Choisissez un échange, avec votre enfant, votre conjoint, la boulangère, et laissez-lui le temps qu'il lui faut. Le bus peut attendre trente secondes de plus que vous ne le pensez.
- Un bel objet. Prenez la tasse que vous aimez, pas celle qui est ébréchée. Posez une fleur, une carte postale ou un petit tirage là où vos yeux se posent au petit-déjeuner. La beauté travaille beaucoup, en silence.
- Une pause sur le seuil. Avant de franchir la porte, arrêtez-vous. Une inspiration, une expiration. Quittez la maison avec intention, pas dans la précipitation.
Pourquoi ça marche
Aucun de ces moments ne prend plus d'une minute. Ensemble, ils changent la texture du matin. Au lieu de courir d'une tâche à l'autre, vous habitez vraiment quelques petits morceaux de votre matinée, et ce sont souvent ceux dont vous vous souviendrez.
Commencez par une lettre
Si vous souhaitez une version guidée de cette attention, La Première Lettre est un bon point de départ. C'est une courte méditation sensorielle sur le fait de recevoir une lettre, à lire avec votre café ou à écouter sur le chemin du travail, accompagnée d'un extrait de mon magazine, « (meditating) On Art ». Gratuite, et pensée pour des matins exactement comme les vôtres.
N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.
Avec tendresse, Evi