Un appartement au-dessus des jardins du Palais-Royal. Le soir. Une femme de plus de soixante-dix ans, installée sur son divan-lit, écrit à la lumière d'une lampe à l'abat-jour bleu. Le papier sous sa plume est bleu, lui aussi.
C'était Colette, dans ses dernières années. Elle appelait sa lampe son « fanal bleu », et a donné ce nom à l'un de ses derniers livres, Le Fanal bleu, paru en 1949. Depuis les jardins, les passants voyaient sa lueur briller à sa fenêtre.
Pourquoi le bleu ?
Colette n'a jamais écrit de manifeste à ce sujet : nous ne pouvons que l'imaginer. Le papier bleu est doux pour les yeux. Il a quelque chose d'intime, comme un ciel tourné vers la nuit. Et pour une écrivaine qui vivait par les sens, qui écrivait les chats, les jardins, l'odeur de la peau et le goût des fruits, la couleur de la page faisait sûrement partie du plaisir.
Les peintres ont toujours su que la couleur change ce que l'on ressent dans un espace. Les pièces bleues reculent et s'apaisent. Les couleurs chaudes avancent et réveillent. Nul besoin de théorie pour le remarquer : asseyez-vous dans une pièce bleue, puis dans une pièce rouge, et sentez la différence dans votre corps.
Empruntez le bleu de Colette
- Écrivez sur du papier de couleur. Choisissez un bleu doux, un crème, un vert pâle. Remarquez si vos mots changent. Beaucoup écrivent plus lentement, et plus sincèrement, sur un papier qui n'est pas d'un blanc éclatant.
- Changez la lumière, pas la pièce. Une lampe à l'abat-jour coloré ou chaleureux transforme une soirée sans déplacer un seul meuble.
- Choisissez votre « couleur d'écriture ». Un carnet, une encre, un stylo. En la voyant, votre esprit apprend qu'il est temps de ralentir.
- Regardez du bleu pendant une minute. Un tableau, le ciel, un foulard. Respirez lentement en regardant. C'est l'une des pratiques apaisantes les plus simples qui soient.
Si vous aimez lire lentement, vous aimerez le numéro de bienvenue de « (meditating) On Art » : gratuit, à lire à l'écran, avec une méditation sur la réception d'une lettre.
Une écrivaine qui vivait par les sens
Les livres de Colette regorgent de détails sensoriels parce qu'elle prêtait attention à tout. Sa lampe bleue n'était pas un décor. Elle faisait partie d'une vie organisée pour que la beauté et l'attention se rencontrent chaque soir.
Prendre le temps de la culture
Si vous avez envie d'autres histoires comme celle-ci, « (letters) On Art » les dépose dans votre boîte aux lettres : une lettre et une carte postale chaque mois, et à chaque saison le numéro imprimé de « (meditating) On Art », avec des livres, des écrivains, de la musique et des lieux. Une petite lampe bleue pour vos soirées.
N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.
Avec tendresse,

