La plupart des gens se souviennent d'Intouchables (2011) pour l'amitié : Philippe, riche Parisien paralysé après un accident de parapente, et Driss, le jeune homme de banlieue qu'il engage comme auxiliaire de vie, qui refuse de le traiter avec pitié. On se souvient des rires, de la musique, de la voiture lancée à toute allure dans Paris la nuit.
Mais, tout au long du film, court en sourdine une histoire d'amour racontée presque entièrement par lettres.
Une correspondance
Philippe écrit à une femme nommée Éléonore, qui vit à Dunkerque. Ils ne se sont jamais rencontrés. Leur relation n'existe que sur le papier : de longues lettres, de la poésie, des vers empruntés à Baudelaire. Quand Driss le découvre, il n'en revient pas. Pourquoi écrire quand on peut appeler ? Pourquoi ne pas envoyer une photo ?
Ce qui retient Philippe, au fond, c'est la peur. Sur le papier, Éléonore connaît son esprit. Il redoute ce qui se passera quand elle verra son corps.
Driss insiste. Un coup de téléphone. Des photos échangées. Et, dans la dernière scène, au bord de la mer à Cabourg, un déjeuner que Philippe n'avait pas vu venir.
Être connu avant d'être vu
Les lettres permettent à Philippe d'être rencontré d'abord pour ce qu'il est : son humour, son intelligence, ses goûts, sa tendresse. C'est l'étrange cadeau de la correspondance. Sans visage, sans voix, sans première impression, deux personnes se rencontrent là où elles pensent et ressentent.
C'est rare aujourd'hui. On voit les photos de quelqu'un bien avant de connaître ses pensées. Les lettres inversent l'ordre. Elles permettent d'être connu lentement, de l'intérieur vers l'extérieur.
Si vous aimez lire lentement, vous aimerez le numéro de bienvenue de « (meditating) On Art » : gratuit, à lire à l'écran, avec une méditation sur la réception d'une lettre.
Une petite invitation
Pensez à quelqu'un qui ne connaît qu'une facette de vous : une collègue, un voisin, une amie que vous ne voyez qu'en groupe. Que lui écririez-vous si vous ne pouviez utiliser que des mots ? Rien ne vous oblige à l'envoyer. Mais vous découvrirez peut-être une part de vous que vous montrez rarement.
Des lettres, encore
Si cela vous manque qu'on vous écrive, l'abonnement « (letters) On Art » dépose chaque mois dans votre boîte aux lettres une lettre et une carte postale, tapées avec soin et complétées de quelques touches manuscrites, avec une méditation et une histoire autour de l'art, ainsi qu'un numéro saisonnier de « (meditating) On Art ». C'est aussi un très beau cadeau pour quelqu'un qui préfère lire plutôt que faire défiler.
N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.
Avec tendresse,

