Vienne, toute une nuit. Paris, un après-midi d'été. Un village grec, au coucher du soleil. Dans les trois films de la trilogie Before de Richard Linklater, Jesse et Céline font sans cesse la même chose : ils marchent, et ils parlent.
La marche n'est pas seulement un moyen de faire avancer l'histoire. C'est elle qui rend leurs conversations possibles. Côte à côte, les yeux sur la rue plutôt que l'un sur l'autre, ils se disent des choses que l'on se dit rarement de part et d'autre d'une table.
Les philosophes qui marchaient
L'idée est très ancienne. Dans l'Athènes antique, Aristote enseignait au Lycée, et ses disciples ont pris le nom de péripatéticiens. Ce nom est généralement rattaché au peripatos, la galerie couverte où ils se réunissaient, et la tradition a longtemps imaginé Aristote enseignant en marchant. Qu'il ait vraiment donné ses leçons en mouvement ou non, l'image est restée : penser et marcher, côte à côte.
Des siècles plus tard, Rousseau a écrit Les Rêveries du promeneur solitaire, et Nietzsche affirmait que toutes les grandes pensées naissent en marchant. La recherche moderne a un peu rattrapé cette intuition : dans une étude de Stanford publiée en 2014, les participants trouvaient davantage d'idées créatives en marchant qu'assis.
Pourquoi la marche facilite la conversation
- Pas besoin de soutenir le regard. Regarder devant soi, ensemble, permet de dire plus facilement des choses difficiles ou tendres.
- Les silences paraissent naturels. En marchant, une pause fait simplement partie du rythme, ce n'est pas un blanc gênant.
- Le monde offre des pistes. Une vitrine, une cloche d'église, un chien : il y a toujours de quoi lancer un nouveau fil.
- Le corps se détend. Le mouvement délie l'esprit en même temps que les jambes.
Essayez une promenade « Before »
La prochaine fois que vous voudrez une vraie conversation, avec une amie, un compagnon, votre adolescent, ne vous asseyez pas. Marchez. Choisissez un itinéraire sans destination, laissez votre téléphone dans votre poche, et laissez la conversation vagabonder au gré des rues. Si vous êtes seule, marchez avec une question en tête, et laissez la ville y répondre.
Une promenade, puis une lettre
Si vous avez envie de garder la sensation d'une conversation sans hâte, La Première Lettre est une courte méditation sensorielle sur le fait de recevoir une lettre, à lire ou à écouter au retour de votre promenade. Elle est gratuite, et accompagnée d'un extrait de mon magazine, « (meditating) On Art ». La plus lente des conversations.
N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.
Avec tendresse,

