Un champ près de Giverny, à l'automne 1890. Claude Monet installe plusieurs chevalets côte à côte. Sur chacun, le même sujet : deux grosses meules de blé dans un champ. À mesure que la lumière change, il passe d'une toile à l'autre, ne reprenant chaque toile que lorsque la lumière correspond.
Au cours des mois suivants, par le gel, la neige et la chaleur de l'été, il a peint ces meules environ vingt-cinq fois. En 1891, il en a exposé quinze ensemble dans la galerie de son marchand, Paul Durand-Ruel, à Paris. Elles se sont vendues très vite.
Le même sujet, jamais le même tableau
Regardez-les côte à côte, et il se passe quelque chose d'étrange. Les meules n'ont presque plus d'importance. Ce que l'on voit, c'est la lumière : rose à l'aube, orange flamboyant au couchant, bleue dans les ombres de la neige, douce et grise dans le brouillard. Monet a montré qu'une même chose n'est jamais vraiment la même deux fois.
Il a continué à travailler en séries toute sa vie : les peupliers, la façade de la cathédrale de Rouen et, enfin, les nymphéas de son propre jardin.
Pourquoi c'est une méditation
La méditation commence souvent par le retour à la même chose : le souffle, un mot, une flamme de bougie. Cela paraît répétitif. Mais quiconque pratique sait qu'aucune respiration ne ressemble à une autre, tout comme aucune meule ne ressemblait à une autre pour Monet.
La répétition, faite avec attention, n'est pas ennuyeuse. C'est ainsi que l'on commence à voir.
Essayez votre propre série
- Choisissez un sujet que vous voyez chaque jour : la vue depuis votre fenêtre, un arbre de votre rue, un bol sur la table de la cuisine.
- Regardez-le à trois moments de la journée : le matin, l'après-midi et le soir. Une minute à chaque fois.
- Remarquez ce qui a changé. La couleur de la lumière, les ombres, votre propre humeur.
- Gardez-en une trace, si vous le souhaitez. Une photo, un croquis rapide, trois mots dans un carnet.
- Recommencez pendant une semaine. À la fin, vous connaîtrez cette vue ordinaire mieux que jamais.
La lumière, toute l'année
« (letters) On Art » suit les saisons avec vous : une lettre et une carte postale chaque mois, et à chaque saison le numéro imprimé de « (meditating) On Art ». Une façon de remarquer comment la lumière change, mois après mois.
N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.
Avec tendresse, Evi