Une brume pâle sur un lac. Un grand arbre penché au-dessus de l'eau, ses feuilles qui se dissolvent dans le ciel. À gauche, un arbre plus petit et courbé, et dessous une femme et deux enfants qui tendent les bras, comme pour cueillir quelque chose dans ses branches.
Tout est doux, argenté, légèrement flou. Comme si on l'avait vu une fois, il y a longtemps, et qu'on pouvait presque s'en souvenir.
C'est exactement cela.
Jean-Baptiste-Camille Corot, Souvenir de Mortefontaine, 1864. Musée du Louvre, Paris
Un souvenir, pas une vue
Mortefontaine est un village au nord de Paris, avec des étangs et des bois où Corot aimait peindre. Mais ce n'est pas l'image fidèle d'un endroit précis. Corot l'a peint dans son atelier, à partir de nombreuses promenades, de nombreux croquis, de nombreux matins fondus ensemble.
Il fut exposé au Salon de 1864 et acheté par l'empereur Napoléon III. Il est au Louvre depuis.
La mémoire, ce peintre
Nos souvenirs fonctionnent un peu comme le pinceau de Corot. Ils adoucissent les contours, gardent la lumière, perdent les détails qui ne comptaient pas, et rassemblent parfois plusieurs instants en un seul. Ce n'est pas un défaut. C'est ainsi que nous gardons ce que nous avons aimé.
Peindre un souvenir, en pensée
- Fermez les yeux et pensez à un lieu que vous avez aimé : un jardin, une plage, une rue de votre enfance.
- N'essayez pas de tout vous rappeler. Laissez l'image venir floue, comme la peint Corot.
- Remarquez ce qui reste net. Une couleur ? Un son ? La température de l'air ?
- Remarquez ce qui s'est effacé. Laissez-le effacé.
- Respirez la lumière de ce lieu quelques instants. Puis rouvrez les yeux et notez trois mots pour la garder.
Si cela vous parle, découvrez si nous modifions un souvenir chaque fois que nous nous en souvenons, ou ces tableaux pour quand quelque chose vous manque.
Gardez vos propres souvenirs
Le Journal de la Collectionneuse est un zine gratuit à imprimer pour garder la trace de vos rencontres avec l'art : où vous avez croisé un tableau, ce que vous avez remarqué en premier, et ce qu'il vous a fait ressentir.
N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.
Avec tendresse, Evi