Enfant, chaque fois que nous allions à l'église, je passais tout l'office à regarder en l'air. Des saints sur fond d'or, un visage dans la coupole, des ciels peints hors de portée. Je n'en comprenais pas grand-chose. C'était comme lire une histoire sans mots.
Je le fais toujours. Et j'ai remarqué que presque personne d'autre ne le fait.
Pourquoi nous oublions de lever les yeux
Nous traversons les villes et les musées à hauteur d'yeux : tableaux, enseignes, visages, écrans. Les plafonds restent juste hors du cadre, si bien que nous passons sous certaines des œuvres les plus ambitieuses jamais créées sans les voir. Lever les yeux est un petit acte de ralentissement. Impossible de le faire en courant.
Trois plafonds parisiens qui valent un torticolis
Le palais Garnier. En 1964, le plafond coloré de Marc Chagall a été installé dans la salle : des danseurs en apesanteur, des anges et des monuments de Paris autour du grand lustre. Le plafond d'origine, du XIXe siècle, existe toujours en dessous. Deux époques du goût, superposées. (Pour une première fois, voici un petit guide pour votre premier ballet à Garnier.)
La galerie d'Apollon, au Louvre. De l'or partout et, en son centre, Apollon vainqueur du serpent Python d'Eugène Delacroix, achevé en 1851 : la lumière qui triomphe de l'obscurité, peinte pour un plafond.
Le Train Bleu, gare de Lyon. Un restaurant de gare ouvert en 1901, dont les murs et les plafonds sont couverts de vues peintes des villes desservies autrefois par les trains. On peut s'asseoir dessous avec un café avant un voyage, ou sans voyage du tout.
Des plafonds sous lesquels je me suis arrêtée : le palais Garnier, un café sous les arcades du Louvre, les appartements de Marie-Antoinette à Versailles, une entrée de la rue Saint-Honoré, une maison à Syros et un café à York. Photos © Evi Michailidou
Une pratique de trois minutes : levez les yeux
Essayez dans un musée, une église, une gare, ou simplement chez vous.
- Trouvez un endroit où vous asseoir ou vous tenir en sécurité. Relâchez les épaules.
- Inclinez lentement la tête en arrière. Laissez votre regard errer, comme si le plafond était un ciel.
- N'essayez pas de comprendre l'histoire. Suivez les couleurs, les lignes, les fissures, la lumière.
- Respirez un peu plus lentement que d'habitude. Remarquez l'espace au-dessus de vous, sa hauteur.
- Baissez doucement le regard et remarquez comment vous ressentez la pièce maintenant.
Chez vous, un plafond ordinaire fait très bien l'affaire. Une fissure peut devenir une rivière. Une ombre, un nuage.
Si vous aimez les salles silencieuses, voici les musées les plus calmes de Paris.
Gardez la trace de vos découvertes
Le Journal de la Collectionneuse est un zine gratuit à imprimer pour garder la trace de vos rencontres avec l'art : où vous l'avez trouvée, ce que vous avez remarqué en premier, ce qu'elle vous a fait ressentir. Les plafonds comptent aussi.
N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.
Avec tendresse, Evi






