Vous vous asseyez, vous fermez les yeux, et l'immeuble se réveille. Des pas au-dessus de votre tête. Un scooter dans la rue. Le lave-vaisselle qui change de programme. Quelqu'un, dans la pièce voisine, qui demande où est le chargeur.
La plupart des conseils de méditation supposent une pièce silencieuse. La plupart d'entre nous n'en ont pas.
Le silence n'a jamais été le but
Méditer, ce n'est pas vraiment faire silence. C'est une pratique de l'attention : se poser sur une seule chose et laisser passer le reste. Le bruit ne devient un problème que lorsque nous décidons qu'il ne devrait pas être là.
Cela dit, souffrir ne rapporte rien. Si vous avez un casque à réduction de bruit ou des bouchons d'oreilles, utilisez-les. Une musique douce ou un bruit de pluie sont aussi de très bons compagnons.
Un tableau que l'on entend
Regardez Les Raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte. Trois hommes à genoux, torse nu, qui raclent un vieux parquet dans un appartement parisien. Des copeaux de bois s'enroulent autour d'eux. Une bouteille de vin attend contre le mur. La lumière du balcon glisse sur les lattes.
Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, 1875. Musée d'Orsay, Paris
Le Salon de 1875 l'a refusé, en partie parce que son sujet semblait trop ordinaire. C'est pourtant l'un des tableaux les plus bruyants que l'on puisse contempler en silence. On entendrait presque les lames, le raclement puis la pause, une conversation à voix basse entre deux gestes.
Une méditation d'écoute en cinq minutes
- Regardez le tableau pendant une minute et « écoutez-le ». Qu'entendriez-vous si vous étiez dans cette pièce ?
- Fermez les yeux. Écoutez maintenant votre propre pièce. Ne qualifiez aucun son de bon ou de mauvais.
- Remarquez les sons un par un, comme vous distingueriez les instruments d'un orchestre : le bourdonnement grave, le rythme, la note soudaine.
- Laissez-les se superposer. Le réfrigérateur est la contrebasse. La rue, les percussions. Votre respiration, la mélodie à laquelle vous revenez.
- Quand un son vous emporte, remarquez-le, et revenez à votre souffle.
Vous n'avez pas besoin de vous couper du monde. Vous pouvez le laisser devenir une partie de la musique. (Pour un seul long morceau, essayez plutôt l'écoute profonde.)
Quand on n'est jamais seule
Si ce sont les personnes avec qui vous vivez qui font le bruit, invitez-les. Asseyez-vous côte à côte pendant trois minutes et écoutez ensemble, sans parler. Ou choisissez chacun votre tour un son dans la pièce, et suivez-le jusqu'à ce qu'il s'éteigne. C'est moins solitaire, et souvent plus amusant.
Et quand même cela n'est pas possible, il reste le trajet : voici une méditation de trois minutes dans le métro.
Une méditation qui se lit
Une pratique écrite fonctionne à merveille dans un logement bruyant : vous pouvez faire une pause, relire, avancer à votre rythme. La Première Lettre est une courte méditation sensorielle sur le fait de recevoir une lettre, à lire lentement où que vous soyez, accompagnée d'un extrait de notre magazine « (meditating) On Art ». Elle est gratuite.
N'oubliez pas de prendre tout le temps qu'il vous faut, et retrouvez-moi à la prochaine.
Avec tendresse, Evi